22 décembre 2007
L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford
J’ai envie d’évoquer plein de choses qui font que je respire, j’aime et j’ouvre des yeux émerveillés sur le monde. Je ne sais pas par quel livre, quel film, quelle musique commencer. Alors, tandis que Song For Jesse passe tranquillement, je prends ma décision.
Je suis allée voir L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford le lundi 22 octobre 2007, pour plein de raisons différentes. J’étais tombée par hasard sur la bande-annonce une semaine plus tôt, et je me souviens avoir passé toute la journée perdue dans ces images et cette musique mélancolique. Quand je suis allée au cinéma, je revenais d’une semaine assez étrange, en un lieu que j’aime beaucoup, et en compagnie d’une personne que j’aime encore plus. Sauf que mes pensées étaient très confuses, et six heures dans un train n’avaient rien arrangé à cela. Alors lorsque je suis arrivée à la gare et que j’ai vu le sourire rayonnant d’une certaine pirate de mon cœur, je me suis décidée à aller voir ce film, persuadée que d’une façon ou d’une autre, ça me ferait beaucoup de bien. Ma pirate a dû me prendre pour une cinglée en me voyant me précipiter devant le Gaumont pour vérifier qu’il passait bien ce soir-là. Malgré les larmes versées et un mal de tête digne de ces satanées larmes, j’ai voulu aller voir ce film. On y est allées, la pirate et moi. Déjà, j’aime aller au cinéma. J’aime encore plus quand c’est pour voir un bon film - et là, chacun ses goûts je suppose parce qu’il s’avère que j’aime souvent ce que beaucoup de gens n’apprécient pas. J’adore être blottie dans le fauteuil, assise en tailleur, mon écharpe a trente-six tours autour de mon cou comme si William était là à cet instant, à côté de moi. Et puis, les lumières s’éteignent, les gens commentent les bandes-annonces qui passent, et soudain, le silence se fait, parce que le film commence. Nous étions très peu dans la salle, ce soir-là, parce que c’était un soir de semaine, et aussi car ce film ne faisait certainement pas parti des succès du box-office.
Je pourrais dire des centaines de choses sur ce film, sans qu’aucune ne soit négative. Je n’ai même pas cherché une seule critique à émettre. Sincèrement.
J’ai l’impression que c’était le film que j’attendais, parce qu’il collait à mon humeur, et à mon état d’esprit. Je me sentais infiniment triste en entrant dans la salle, avec malgré tout cette toute petite pointe de joie à l’idée de voir ce film, et j’en suis ressortie infiniment triste… Mais comment expliquer ? Il s’agit d’une bonne tristesse. Qui signifie que le film vous a profondément marquée, vous voyez ? Parce que les personnages, l’atmosphère, l’histoire, la musique, le lieu… Tout a un sens pour vous sans que vous puissiez dire exactement pourquoi.
La première chose à souligner, et non des moindres, c’est que j’ai retrouvé Brad Pitt. Je ne suis pas une fan inconditionnelle de lui. Je veux dire par là que je ne l’aime pas parce qu’il est beau. Il est beau. C’est certain. Je le trouve beau, c’est encore plus certain. Mais je le trouve beau, parce qu’il joue des personnages qu’il rend beaux. Il est son personnage, du début à la fin. Mettons de côté sa vie privée étalée dans les journaux à scandales. Je parle de l’acteur. De celui qui a fait de vrais films, ceux qui s’appellent Et au milieu coule une rivière, Légende d’automne, Rencontre avec Joe Black, vous vous souvenez ? Oublions un instant que ces dernières années, il m’a réellement déçue parce que ses choix de films étaient, à mon sens, n’importe quoi. J’étais vraiment… dégoûtée de me rendre compte qu’il faisait des films sans aucune conviction. Où était passé ce truc, cette étoile qui brillait dans ses yeux, dans ces films que j’ai cités ? Où étaient passées ses interprétations merveilleuses et impossibles à critiquer ? Je suis une admiratrice de son talent d’acteur. Alors lorsque j’ai découvert la bande-annonce de L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, j’ai compris qu’il avait renoué avec ce passé glorieux. Il avait retrouvé un personnage semblable aux anciens, qu’il sait interpréter de façon magistrale.
Mon sentiment s’est avéré exact pendant toute la durée du film. Du début à la fin, il m’a subjuguée. Je ne l’ai pourtant pas vu en version originale, ce qui est ennuyeux avec certains cinémas. Mais son doubleur est tellement bon qu’on oublie. Et puis, c’est un film qui se regarde plus qu’il ne s’écoute. Ou bien s’il s’écoute, c’est au niveau de la musique…
J’ai découvert Casey Affleck. Je l’ai observé durant tout le film en me répétant au fond de moi que son visage m’était connu. Pour enfin comprendre en découvrant son nom dans le générique de fin qu’il avait un frère célèbre… Je ne connaissais pas ce jeune homme, je n’ai vu aucun film avec lui. J’ai été merveilleusement surprise. Jouer avec Brad Pitt est difficile. Jouer avec cet homme est encore plus difficile quand le dit homme renoue enfin avec son véritable talent. Alors, avec une profonde humilité, je m’incline face à lui, en souhaitant qu’il fasse d’autres films de cette trempe, et d’autres compositions tout aussi remarquables. Parce que son personnage est d’une complexité incroyable. Au début de l’histoire, j’avais une envie folle de le… baffer. Je ne mens pas. Alors qu’à la fin - durant toute la dernière demi-heure en réalité - j’étais cachée dans mon écharpe parce que je ne savais plus comment on arrêtait de pleurer. La seule petite remarque négative - ah, oui, finalement, j’en ai une ! - est en fait un énorme coup de gueule contre les doubleurs. Je n’ai pas compris pourquoi sa voix française était aussi débile, geignarde et enfantine. Du genre petit garçon très chiant qu’on meurt d’envie de baffer très fort. Surtout que par la suite, j’ai vu des extraits en version originale, et la voix de Casey Affleck est très grave, très belle, et très remarquable. Donc… Je suppose que c’était pour coller au mieux au personnage, après tout. Sauf que le jeune homme joue suffisamment de manière excellente pour ne pas avoir besoin d’une voix pareille.
Les personnages… sont tous fascinants. Ils crèvent tous l’écran, c’est l’expression juste. La bande à Jesse James, en fait. J’étais incapable de retenir les noms. J’étais même assez confuse pendant les vingt premières minutes du film car je ne reconnaissais presque jamais qui était qui. Puis, au fil de la bobine, les visages deviennent familiers, et on a le drôle de sentiment de les avoir toujours connus. Ce sont tous des hommes, et des êtres humains avant tout, avec leurs faiblesses et leurs défauts. Avec leurs forces aussi. Cette immersion étrange dans leur existence assez morne, en fin de compte, m’a captivée. J’aurais pensé ne pas me sentir aussi à l’aise dans cette ambiance… monotone, monochrome.
L’histoire débute lors du dernier coup de la bande de Jesse James. Son frère aîné et lui organisent le pillage d’un train. Cette scène est à couper le souffle, parce qu’une image apparaît dans la bande-annonce. C’était ce qui m’avait marquée le plus. Cette image d’un Jesse James solitaire, dans la brume, debout et attendant calmement que le train s’arrête devant lui. Pourquoi cette scène ? L’esthétique de l’image, le regard de Brad Pitt à ce moment-là, le jeu de lumières, et cette opposition entre le train immense, bruyant, indestructible, et cet homme si minuscule juste en face. On sent toute la puissance du personnage à travers cette simple scène. La musique qui l’accompagne est The Money Train sur la bande originale. Les notes et la profondeur des violoncelles ajoutent à l’atmosphère qui se dégage d’une telle scène. C’est quelque chose de très beau et de très impressionnant, au final.
Ensuite, durant tout le film, on suit la vie de la bande disloquée de Jesse James. Ce que chacun fait, comment il s’en sort. En parallèle avec cette composition de la vie ‘banale’ de personnes telles que vous et moi, on suit également l’apprentissage de Robert Ford, dit Bob, en tant que membre de la bande de Jesse James. C’est un thème important dans le film. La volonté de Robert à faire partie de la vie de Jesse, car le célèbre bandit est son modèle depuis qu’il est un petit garçon. Toute cette admiration passe dans le regard incroyable de Casey Affleck, et je peux assurer que chaque scène entre Brad Pitt et lui est un bijou de rareté et de perfection. Je me demande s’ils avaient conscience de cette alchimie entre eux. Je n’ai rien cherché à propos du film, ni interview des intéressés, ni anecdote. Je préfère imaginer qu’ils se sont trouvés, et qu’ils étaient faits pour camper deux personnages magnifiques.
J’ai aimé la fragilité de Robert, ses hésitations, sa marginalité… Je suis certainement toujours attirée par ce type de personnage. Le plus jeune, le plus transparent, le plus fragile, mais le plus honnête avec ses sentiments, pourvu d’un regard miroir de la moindre de ses émotions, et doté d’une grand part d’obscurité au fond de lui. On recherche toujours un homologue dans ses rêves, que ce soit un film ou un roman. Alors si Jesse James m’a émue aux larmes, Robert Ford m’a anéantie.
J’ai gardé en tête des scènes… Même des bouts de scènes, pas les scènes entières. Comme les moqueries des garçons lorsqu’ils découvrent la boîte sous le lit de Robert qui renferme tout ce qui a trait à Jesse James : des vieilles histoires qui relatent ses braquages, des objets, des photos… La réaction de Robert ressemble tant à celle d’un enfant. Blessé, trahi, ses sentiments arrachés et écorchés, mis en miette par l’ignorance des adultes. Je cherche peut-être toujours un reflet de moi dans ces personnages, peut-être pas. Ils sont peut-être là pour me rappeler qu’on se ressemble, et puis voilà.
Le film en lui-même est passionnant d’un bout à l’autre. Je n’ai pas le souvenir d’avoir soupiré d’ennui et encore moins d’avoir repris mon souffle. J’ai gardé les yeux rivés à l’écran. J’ai oublié qui j’étais parce que j’étais perdue là-bas, aux côtés de ces hommes.
Le paysage est monotone et monochrome, comme je l’ai écrit. Tout est plat, uniforme, sans le moindre changement à l’horizon, et le temps s’écoule sans que n’intervienne le moindre petit bouleversement. Les dialogues sont discrets, laissant place à la musique et aux images. Parfois, la musique et les regards échangés peuvent raconter bien plus que des mots. L’atmosphère qui règne tout au long du film en est la preuve pour qui en doutait encore.
La musique, donc. Je suis toujours très attentive à la musique d’un film, surtout si je tombe amoureuse de ce film. La première musique qui m’ait bouleversée aux larmes était Fairy Dance dans le Peter Pan de PJ Hogan, par James Newton Howard. Depuis, j’ai pris conscience de l’importance de la musique, de la diversité des instruments, et de chaque émotion que peut nous apporter chacun d’entre eux, pour nous faire passer d’une joie immense à une mélancolie profonde. C’est la mélancolie qui prône dans ce film, d’un bout à l’autre. Jesse James est un personnage d’une extrême mélancolie, et Robert Ford, autrefois si candide, revêtira ce manteau de tristesse à son tour, au fur et à mesure de l’histoire.
La bande originale joue avec la présence de contrebasses, de violons et de violoncelles, se mêlant de temps à autre au piano, le tout orchestré par Nick Cave et Warren Ellis. Je n’ai pas souvenir d’avoir entendu une musique aussi triste. Mélancolique. C’est ce mot et pas un autre, sincèrement. On ressent la tristesse de chaque personnage, et le malheureux destin qu’est le leur à travers chaque note portée par les cordes ou le piano. Des thèmes reviennent régulièrement, correspondant à Jesse ou à Robert, et à l’atmosphère du film en général. Deux morceaux, Cowgirl et Carnival, sont à mentionner comme ceux que je n’écoute jamais. Ils appartiennent à des moments très brefs dans le film, plus joyeux que le reste, et qui ne sont que de rapides interludes dans le drame qui se joue véritablement autour des personnages, à mon avis.
Rather Lovely Thing, et sa reprise, Another Rather Lovely Thing, nous rappellent au souvenir de Jesse James comme celui d’un homme marié, fidèle et aimant, et un père attentionné. Ces quelques scènes de famille, lorsqu’il regarde son épouse ou qu’il joue avec sa petite fille sont belles et tristes, car elles sont vues à travers les yeux de Robert la plupart du temps. Ces morceaux sont plus doux que les autres. Pas joyeux, mais ils montrent Jesse James tel un homme normal, comme s’il n’avait jamais assassiné ou volé. Ça évoque le tout début du film, avec ce plan de Jesse James marchant à travers un champ, avec la lumière magnifique du soleil déclinant, et la voix d’un narrateur évoquant les détails propres à Jesse James. Sa taille, la couleur de ses yeux, son enfance, ce qu’il aimait ou n’aimait pas, le fait qu’il lui manquait un doigt et qu’il en avait honte… J’aime cette peinture vivante faite du personnage, car elle revient sur la fin - et sa fin est tragique et triste. On s’accroche au personnage alors qu’il ne le faudrait pas, n’est-ce pas ? Il a tué des gens, volé… Pourtant… J’ai été bouleversée par une scène, et ma pirate l’a été aussi, je le sais. Celle où il frappe ce garçon - ce gosse en réalité - persuadé qu’il lui ment… Cette scène d’une grande violence est suivie l’instant d’après de ses larmes qui coulent à cause de toute la honte qu’il éprouve à faire ce qu’il fait. Alors ça nous pousse à nous interroger sur le parti pris par le film. Jesse James était-il si mauvais ? Car certaines scènes - celle-ci, celles où on le voit tellement humain et par là à la fois si sombre et tourmenté - nous donnent à penser qu’il n’était qu’un homme. Que l’on pourrait tous agir comme lui, en fin de compte. Je me suis mise à aimer cet homme sans vraiment le connaître, comme l’ont aimé les gens après sa mort, grâce à cette musique qui est lui, grâce à l’interprétation sublime de Brad Pitt, grâce à la mise en scène pudique et impeccable.
Song For Bob est le morceau qui m’a le plus retournée. Je me souviens encore des jours suivant la séance de cinéma. J’ai écouté la bande originale pour la première fois en travaillant mon russe, et une certaine dragonnière bleue écoutait à peine, alors que moi je lui disais : « Mais si, écoute, écoute comme c’est triste ! » Forcément qu’elle ne pouvait pas comprendre. Elle n’a pas vu le film. Et elle l’a encore moins vu avec mes yeux. Même ma pirate - que j’aime de tout mon cœur, bien sûr - a adoré ce film, mais je suis sûre que même toi, tu n’entends pas cette musique comme je l’entends. Je ne suis pas compositeur et je n’ai jamais pu jouer d’un instrument - alors que j’aurais aimé apprendre le violon et le piano - mais je possède une oreille très attentive. La musique me transporte autant que les mots et les images, vous savez. C’est tout aussi puissant. La musique s’associe aux images et aux mots, justement. Il suffit que l’on ferme les yeux et que l’on écoute… Ce n’est pas plus compliqué. J’ai bien conscience que certaines personnes ne comprendront jamais cela et c’est bien dommage. Toutefois, j’ai été contente de sentir que mes parents appréciaient, quand je leur ai fait écouter. (Oui, le problème avec moi, c’est que je suis passionnée par beaucoup de choses, et que j’aime partager… Terrible… - sighs -) Et je sais qu’ils aimeront le film lorsque qu’il sortira en DVD et que je l’achèterai. Ma mère craignait de voir un énième western, lorsque je lui ai raconté l’histoire en bref. Je l’ai détrompée. Ce n’est pas un western. C’est la grande époque du western, c’est le personnage de western, mais ce n’est pas ça du tout. Mon père et elle ont dû comprendre en entendant la musique.
Toute cette mélancolie contenue dans ce dernier thème m’a achevée, littéralement. Toute la dernière partie du film est à l’image de cette musique. À partir de l’instant précis où Jesse James dépose ses pistolets sur le canapé, et qu’il fait remarquer que le tableau sur le mur est couvert de poussière. Tu te souviens, ma pirate ? C’est là que j’ai réellement pleuré sans plus pouvoir m’arrêter, et me répétant que je ne voulais pas que la suite soit celle qui se jouait devant mes yeux, tout en sachant que cette suite était magnifique. Jesse James m’a émue. Robert Ford, jusqu’à la fin, m’a rendue triste et emplie de pitié à son égard. Leurs vies étaient tellement… malheureuses, au final, au cœur de ce paysage sans gaieté, dans un hiver presque éternel. On n’arrive même pas à croire que ça puisse être vrai, tant la fiction devient soudain plus belle que la réalité.
Lorsque la dernière image a disparu de l’écran, et que le générique a commencé, reprenant ces thèmes musicaux devenus déjà familiers pour moi, je n’ai pas su bouger. Tout d’abord parce que je reste toujours jusqu’à la fin du générique. Je ne conçois pas que les gens puissent se lever dès le générique, enfiler leur manteau, et partir, comme ça. Ils sont formatés, c’est ça ? Parce que moi, je ne peux pas sortir du film alors que la musique nous emporte encore une fois. Je pleure même davantage et je ne bouge pas, comme paralysée, ankylosée, les jambes crispées sur le siège et le visage enfoui dans mon écharpe. J’ai chaud, j’ai mal à la tête à cause des larmes mais je n’ai juste pas envie que ça s’arrête, vous pouvez le ressentir ?
Et même lorsque je suis obligée de quitter la salle la dernière avec ma pirate, lorsque l’on sort dans la nuit amiénoise, hé bien on n’échange pas un mot parce que sans doute qu’elle réfléchit à ce qu’elle a vu, et moi je discute en pensées avec Robert et Jesse.
Peut-être que la note marrante à retenir ici, c’est que, une fois encore, ma pirate, les piétons qu’on a croisés sur le chemin jusqu’à chez toi ont dû penser que tu m’avais frappée, comme la dernière fois. Je suis désolée de te faire honte à cause de mon visage ravagé par les larmes, tu le sais. - laughs - Mais je ne m’excuse pas de ressentir les choses aussi fort.
Et puis, en sortant du cinéma, même si je pleurais, ce n’était plus pour les mêmes raisons que trois heures auparavant. Jesse James et toute sa mélancolique m’avaient fait oublier la futilité de mes problèmes. Et ça allait beaucoup mieux.
Voilà… Je n’avais pas écrit sur quelque chose qui me passionne depuis Terabithia. Il y a eu pourtant beaucoup de lectures, de musique, de films et de rencontres depuis six mois. C’est un retour timide et maladroit. Je l’assume. J’avais simplement envie de partager mes émotions avec qui se perdra par là, à propos d’un chef d’œuvre dont on ne parlera pas assez, à mon sens. Je vous laisse ici, en espérant avoir donné envie à qui ne l’a pas vu de voir ce film… Ou bien d’écouter Song For Bob.
20 avril 2007
Bridge to Terabithia, Katherine Patterson

Je voulais faire un petit article sur le roman Le Secret de Terabithia, de Katherine Patterson parce que je l’ai découvert grâce au film et que je l’ai acheté le lendemain de ma séance de cinéma. Je ne le regrette pas. On m’avait dit que c’était un peu court et assez désuet car il se passe à l’époque où il a été écrit, vers 1977 mais ça ne m’a pas freinée. J’ai passé une après-midi magique plongée dans ces pages fabuleuses, où chaque mot est un éloge pur à l’amitié et au pouvoir de l’imagination. La musique passait en boucle pendant ce temps, alors que, blottie sous ma couette, je parcourais ces lignes magiques. Nombre de pages sont cornées et certains passages avoisinent une petite fleur scintillante, puisque je n’avais plus les étoiles qui ont toutes servi pour mon exemplaire d’Eragon !
Bien entendu, le plus du film se situe dans le temps. L’avoir transposé à notre époque renforce la marginalité de Leslie par rapport à sa façon de s’habiller, par exemple. Mais à part ça, le film est une adaptation très, très fidèle au roman. Dans le livre, ce sont les sentiments de Jess et même là, le film et le roman se rejoignent. Il ne manque au roman que les émotions provoquées par la musique, c’est vrai.
Une fois encore, en lisant, j’ai senti que Jess et Leslie, c’était elle et moi, pour toujours. À cause d’un passage en particulier, qui ressemble à peu de choses près à ce qu’on a vécu – si on oublie la distance :
Il lui fit un signe de la tête et sourit à nouveau. Elle aussi. Il sentit à cet instant précis qu’une nouvelle tranche de vie commençait pour lui.
Il n’eut pas besoin d’expliquer à Leslie qu’il avait changé d’avis à son sujet. Elle avait compris.
(Les Souverains de Terabithia, page 50)
J’ignore si tu le ressens comme ça, toi. Mais moi, quand j’ai lu ces lignes, j’en ai frissonné. Parce que même si à l’époque, on ne pouvait décemment pas se sourire, je souriais. Si tu avais pu voir mon sourire, tu aurais compris. Et du départ, je savais que cette insomnie n’était pas due au hasard. Qu’on était faites pour se rencontrer, et changer la vie de l’autre.
Pour la première fois de sa vie, il se levait chaque matin avec un but. Leslie était plus que son amie. Elle était son autre moi, meilleur, plus exaltant, son chemin vers Terabithia et les mondes au-delà.
Terabithia était leur secret et c’était mieux ainsi car Jess n’aurait jamais pu expliquer de quoi il s’agissait à quelqu’un d’autre.
(Les Souverains de Terabithia, page 71)
Ce qui est particulier, et très beau dans le roman, c’est le style de l’auteur, qui, ça se sent, est une enfant. Une âme d’enfant avec une plume magique, un style fluide qui fait que chaque mot, c’est ça. C’est ce qu’on ressent, exactement. Il n’y a rien de plus à ajouter, car elle a tout dit dans une phrase.
- Tu sais ce qu’il nous faudrait, commença Leslie.
Soûlé par la lumière et la pureté du ciel, il n’avait besoin de rien de terrestre en cet instant.
- Il nous faudrait un endroit, déclara-t-elle. Un endroit à nous. Si secret, que nous n’aurions le droit d’en parler à personne au monde.
(Les Souverains de Terabithia, page 61)
La seule petite chose qui m’avait fait bizarre au début, quand j’ai appris le nom du film, et du roman, donc, fut « Terabithia ». Terabithia ? Mais je connais ! Parce que j’ai les sept livres de Narnia regroupés dans un gros recueil avec Aslan sur la couverture, et que dedans, il y a des cartes. Et que sur la carte qui débute L’Odyssée du Passeur d’Aurore, on y voit Térébinthe, une île située dans la baie de Calormen, au sud-est de l’île de Galma, donc de Cair Paravel. Ça m’avait beaucoup surprise à la base parce que j’avais tellement peur de ne pas aimer ce film que je ne voulais pas que ça ait un rapport avec Narnia. Je suis très… possessive, je crois, quand j’aime quelque chose, ce qui est mal. Mais je suis amoureuse du film, et du roman. Et j’aime la façon dont Leslie évoque Narnia, justement…
- C’est un bon endroit où s’installer.
Leslie avait baptisé leur royaume secret Terabithia. Elle prêta à Jess ses livres sur Narnia pour qu’il apprenne comment se déroulait la vie dans une contrée magique, la façon de protéger arbres et animaux et surtout comment devait se comporter un souverain.
(Les Souverains de Terabithia, page 63)
- Ça pourrait être un pays magique comme Narnia et le seul moyen d’y accéder serait de se balancer à la corde enchantée.
Ses yeux brillaient. Elle saisit la corde.
(Les Souverains de Terabithia, page 62)
Je trouve ça magique à souhaits. Pouvoir insérer cette référence et partir de là pour créer son royaume… J’adore le rapport avec Narnia, c’est un lien merveilleux parce que Narnia fait tellement parti de nous – j’entends bien le film et les romans. Ça me replonge dans le documentaire passionnant que j’ai regardé sur C.S. Lewis il y a quelques temps, et là encore, j’avais compris que ma place était bien là, parmi ces écrivains et ces fabuleux rêveurs…
Pour en revenir au roman, hé bien, ce serait redire encore tout ce que j’ai ressenti avec le film. Car les mots ici sont les images du film, vraiment. Ça fait comme avec Peter Pan, le passage des mots aux images avec une fidélité merveilleuse et une pureté telle qu’on ne peut y croire.
Tout est pareil. Les sentiments de Jess pour Mlle Edmunds, la professeur de musique, la difficulté pour Jess et Leslie de s’adapter à un monde normal et leur besoin de rêver, tout le temps. Les relations difficiles entre Jess et sa famille en parallèle avec ce qu’il ressent quand il voit Leslie avec ses parents. Prince Terrien est là, aussi ! Tout est fidèle, transposé par magie… Et surtout la dernière partie, sur le deuil. Car si dans le film j’ai été bouleversée par Jess, par sa réaction, par la brutalité du moment. C’est pareil dans le roman, tout en étant… différent, c’est étrange. Mais j’ai été tout aussi choquée et retournée. Les mots employés, les sentiments décrits, ses réactions… Dans le roman, il est encore plus persuadé que c’est faux, qu’on lui a menti et que ce n’est pas possible, de toute manière. Certains passages m’ont… tellement… Je sais pas. Je me souviens que j’en frissonnais et que j’avais une énorme boule dans la gorge sur toute la fin du roman.
Il lui revint à l’esprit qu’on lui avait annoncé la mort de Leslie. Ce n’était qu’un horrible cauchemar, il le savait. Leslie ne pouvait pas mourir, pas plus que lui-même. Les mots s’entrechoquaient dans sa tête, telles des feuilles tourbillonnant dans le vent froid. S’il se levait maintenant, se rendait à la vieille ferme des Perkins et frappait à la porte, Leslie viendrait lui ouvrir, P.T. sur les talons, pareil à une étoile dans le sillage de la lune.
(Non !, page 158)
Ce qui diverge avec le film, c’est que Jess par la suite, discute en pensées avec Leslie. Il lui raconte sa journée avec Mlle Edmunds, lui demande ce qu’elle a ressenti en se noyant, si elle savait qu’elle allait mourir… Et aussi sa fuite. Dans le roman, il court longtemps sur le côté de la route et son père vient le rechercher en camion. Je préfère la version du film, bien plus intense car elle met en évidence l’imagination de Jess confrontée à la vision qu’il a de son père. Il est l’un des soldats maléfiques du Seigneur Noir qui le poursuit dans la forêt, et on comprend après qu’il s’agissait de son père qui voulait le rattraper. D’ailleurs, cette scène dans le film est… C’est comme si une poigne d’acier s’était refermée sur mon cœur à ce moment, quand le père de Jess le berce contre lui. Car si c’est la personne à laquelle on s’attend le moins, on prend conscience qu’il le comprend malgré tout. Et que Jess a réellement besoin de son père, qu’il en souffre comme il n’est pas permis qu’un enfant souffre de cette façon.
La dernière différence à ce moment de l’histoire, ce sont les pensées de Jess. Dans le film, il se reproche la mort de Leslie. Il dit que c’est de sa faute mais son père le contredit. Dans le roman, ce sentiment de malaise est accentué par autre chose. Des reproches qu’il se fait en imaginant la réaction de Leslie et le puissant sentiment d’abandon qui l’étreint. Comme je l’avais dit précédemment, c’est ce genre de réaction qui m’aurait gagnée, moi. Ce sentiment d’abandon éternel qui me pousserait à ne plus jamais vouloir me lever.
Lui, Jess, était le seul qui aimait vraiment Leslie. Et pourtant, elle était partie, elle était morte au moment où il avait le plus besoin d’elle. Elle l’avait quitté, abandonné. Elle était allée se balancer à cette corde pour lui prouver qu’elle n’était pas lâche, elle. Autant pour toi, Jess Aarons. À cet instant même, elle était probablement en train de se moquer de lui, quelque part. De rire de lui comme elle riait de Mme Myers. Elle avait abusé de sa bonne volonté : pour elle, il avait laissé tomber le bon vieux Jess Aarons et son masque, il avait accepté de pénétrer dans son monde, et puis, avant qu’il ne s’y sente véritablement à l’aise mais, trop tard pour faire machine arrière, elle l’avait abandonné, échoué là… tel un astronaute errant sur la lune. Seul.
(Abandonné, page 170)
Pour ma part, j’éprouverais le même sentiment d’abandon, car c’est le mot, et cette espèce de colère, car grâce à toi, je me suis accomplie, je suis devenue ce que je voulais être alors qu’avant je me cachais. Comme Jess, il y a cette colère. Je la ressens au présent à cause de la distance qui est un fardeau toujours plus lourd au fil du temps. Alors ce passage du roman m’a… chamboulée. J’en tremblais de tout mon pauvre corps de fée parce que les mots étaient ceux que je ressentais et ceux que je pourrais écrire pour décrire ce que je ressens vis-à-vis de nous.
Le roman se termine sur la même touche optimiste et poétique propre au film. Sauf que dans le roman, on ne peut pas tellement voir Terabithia car ce monde n’est pour ainsi dire pas décrit. Seulement, les merveilleuses images que l’on voit pendant les dernières minutes du film, se résument en ces trois répliques, qui clôturent le roman :
- Tu ne les vois pas ? murmura-t-il. Tous les Terabithiens sur la pointe des pieds pour mieux te voir.
- Moi ?
- Chchchut… Oui. Une rumeur circule que la fille superbe qui arrive aujourd’hui est peut-être la reine qu’ils attendent.
(Un Pont pour Terabithia, page 190)
Cette lecture m’a laissée toute songeuse. Le regard scintillant de larmes. Parce que tout ça, c’est nous. J’ai ma Leslie quand je suis dans une humeur de Jess et inversement. J’ai Terabithia. J’ai le pouvoir de rêver à l’infini et sans contraintes. Je vis avec quelqu’un de très spécial dans une bulle qui n’appartient qu’à nous, et tant pis si c’est égoïste, mais c’est comme ça. On a besoin d’être heureux, et nous retirer nos rêves et notre amour serait nous empêcher de respirer. Qui n’a jamais aimé comme aime un enfant ne pourra pas comprendre ces mots.
Ceux qui peuvent voir Terabithia comprendront, eux…
Le Secret de Terabithia
Il est étonnant de se réveiller chaque matin avec la certitude que Terabithia a fait parti de moi toute ma vie. Bien avant que je découvre le film au cinéma. Et pourtant, j’avais certains a priori assez négatifs quand j’ai vu la bande-annonce la première fois. C’était présenté comme une aventure dans la veine de Narnia, par les mêmes créateurs d’ailleurs, alors quand j’ai vu les créatures, je n’ai pas pu m’empêcher de grimacer et de revendiquer mon amour éternel pour Mr. Tumnus, Oreus et tous les autres. On nous vendait un film fait selon la même recette que Narnia donc forcément, sur le net et dans la vie de tous les jours, on en parlait de façon assez… hem... Bon en tout cas, j’en ai eu des exemples. L’une de mes sœurs aînées qui a adoré Narnia – ce qui me fascine toujours autant au passage – n’a pas aimé Bridge To Terabithia. Parce qu’elle s’attendait à voir un film « comme Narnia ». Et je ne lui en veux pas. Beaucoup s’attendaient à ça, si on ne connaît pas le roman de base.
Brefle, j’y suis donc allée à moitié convaincue. L’affiche me plaisait énormément et je voulais le voir. Surtout qu’une personne l’a vu le jour de sa sortie, quelques jours avant moi, et depuis, ce film a bouleversé nos vies, vraiment.
J’en suis ressortie… muette. Les yeux rougis de larmes. Incapable du moindre geste, du moindre mot, de la simple réaction la plus banale. Je suis sortie du cinéma et je me suis rendue jusqu’à la gare plongée dans un état second. Je n’en suis pas ressortie jusqu’au lendemain, en fin de journée. Quoiqu’une part de moi soit constamment à Terabithia depuis.
Parce que je m’étais complètement trompée. Et j’suis bien contente de m’être trompée. D’avoir jugé trop vite un film à sa simple bande-annonce.
Terabithia n’est pas une grande aventure façon Narnia. On ne nous a pas raconté la même histoire, où des enfants qui vivent dans le même monde que vous et moi se retrouvent soudain projetés dans un univers parallèle, où tous les personnages de contes et légendes sont bel et bien réels.
Terabithia est un film qui évoque l’imagination immense et incroyable de deux enfants qui deviendront de vraies âme-sœurs, dans le sens le plus pur et le plus sincère du terme. Ça parle de l’amitié. D’une amitié comme il en existe rarement. Pas de ces trucs de presque grandes personnes, quand on a plein d’amis mais qui, au fond, ne sont pas vos amis. Là c’est une rencontre inattendue entre deux enfants qui étaient tous seuls dans leur coin, et qui ne pensaient sûrement pas que quelqu’un d’autre pouvait les comprendre. Ça parle du pouvoir illimité de l’imaginaire. On a le droit de rêver, on peut même vivre pour rêver. Vivre nos rêves au lieu de rêver notre vie. Se moquer de l’avis du commun des mortels et assumer ce qu’on est. On peut imaginer ce qu’on veut parce que ça ne fait de mal à personne, et qu’en plus, ça nous rend heureux. Le film, dans cette lignée optimiste, défend ces idées. L’amitié et l’importance de l’imagination.
C’est là que je me suis prise une grande claque. Parce que je ne pensais pas que tout ce qui se passait dans ma tête et dans mon cœur pouvait ressortir dans un film. Pas à ce point en tout cas. Et là, tout est moi. Nous.
Je suis à la fois Jess et Leslie.
Jess parce qu’une part de moi n’a pas confiance en elle et ne l’aura jamais, malgré mes efforts. Que je me cache dans mon coin, que j’aime être seule et imaginer. Et pour sa relation particulière avec son père. Je me suis rendue compte que selon les personnes avec qui j’avais vu et revu le film, cette relation n’était pas compréhensible pour tout le monde, et c’est bien normal. Ça m’a juste rendue… triste, peut-être.
Je suis Leslie à cause de sa façon de s’habiller, de ses breloques, de son immense sac qu’elle porte en bandoulière, rempli de romans et de rêves. Pour sa façon d’être, son excentricité, sa façon de mener les troupes et de ne pas se laisser faire, de croire à l’imagination et de revendiquer son appartenance à un monde bien mieux que celui où on l’a envoyée.
Jess et Leslie se lient d’une telle amitié que peu de personnes peuvent y croire. Ou bien, en voyant le film, ils espèrent pouvoir en vivre une comme ça. Alors moi je souris parce que je sais ce que ça fait, d’avoir cette personne très spéciale à ses côtés, et de partager avec elle tous ses secrets, tous ses rêves, sans aucun tabou. De se comprendre à demi-mots, parce qu’on ressent sans cesse la même chose sans chercher à le faire exprès. Une âme-sœur, comme je l’ai écrit, au sens le plus pur et le plus sincère. Quelqu’un de si magique, et qu’on aime tellement fort, que désormais, on n’imagine plus le reste de sa vie sans être à ses côtés. Qu’on aime avec une telle innocence que c’est aussi heureux que douloureux.
Le film offre un tel éloge de cette amitié que mes larmes ont coulé presque aussitôt. Je voyais sur l’écran, joué par deux enfants merveilleux, ce que je vivais au quotidien, et ça m’a rassurée. Depuis j’ai remarqué qu’il y avait plein de personnes qui traversaient les mêmes épreuves, qui vivaient les même aventures. C’est rassurant de savoir qu’on est là. Qu’on est peu en comparaison avec la triste banalité des êtres humains, mais on s’en fiche, on est là et on rêve si fort qu’ils ne peuvent rien contre nous.
Comme Jess, si Leslie n’était pas arrivée dans ma vie, j’ignore si j’aurais eu le courage de continuer à rêver. J’aurais sans doute baissé les bras, et j’aurais grandi, parce que les grandes personnes me l’auraient ordonné. Mais ma Leslie à moi est là et je n’ai pas grandi juste à temps. Elle est arrivée dans ma vie au moment où j’en avais le plus besoin, et je ne crois pas au hasard quand je prends conscience de tout ça. C’est trop dingue et puissant pour n’être qu’un merveilleux coup de chance.
Et puis comme Leslie, j’invente un monde peuplé de créatures et d’éléments propres à nous deux, pour faire rêver Jess. Et lui, il dessine, pendant que j’écris… Ne me faites pas croire que ce ne sont que des coïncidences.

J’ai passé une grande partie du film cachée dans mon immense écharpe qui a survécu à mes larmes. Je devais m’étouffer dedans tant je pleurais fort, parce que je n’arrivais plus à m’arrêter. Je n’avais pas pleuré au cinéma de cette façon depuis Narnia, qui fut aussi une incroyable surprise qui est arrivée juste à temps dans ma vie, elle aussi.
Des tas de scènes, de détails font que ce film, les rares enfants que mon âme-sœur et moi sommes, et tous ceux qui ont eu les yeux aussi brillants que nous en sortant du cinéma, est LE film qu’il nous fallait. Il est arrivé au moment idéal, pour confirmer ce qu’on savait déjà. Qu’on peut rêver à l’infini et qu’on a une personne fantastique près de soi pour tout partager.
La musique aussi, a participé à cette ambiance, et à cette légère tristesse qui me parcourt quand je l’écoute. Il n’y a que quatre pistes musicales, c’est vrai que c’est regrettable, mais elles regroupent les thèmes récurrents dans le film. Le thème de Terabithia qui revient plusieurs fois, dans Into the forest et The battle me chamboule le cœur à chaque écoute. Parce qu’à chaque fois, je revois Leslie juchée tout en haut de la cabane et qui appelle les créatures de la forêt à se manifester. Les arbres s’ébrouent et le sourire de Leslie à ce moment-là est adorable, suivi du « je n’entends rien du tout ! » qui a fait couler mes larmes pour la première fois dans le film, je crois. J’ai tellement pleuré que je ne me souviens plus…
C’est l’endroit. 
Terabithia est l’endroit qu’on a tous en nous. Un endroit qui vient de notre village natal, quelque part où on se sent bien, et que nos parents n’ont jamais vu avec les mêmes yeux que nous. Ils ne comprenaient pas quand on racontait tout un tas d’histoires et que l’on décrivait tout ce qu’on voyait alors qu’eux, même en plissant les yeux, ils ne voyaient rien hormis un paysage.
Les paroles des chansons présentes, aussi, sont là et elles collent exactement aux émotions des enfants. I learned from you, A place for us, Try, Keep your mind wide open... A chaque fois, les paroles me rattachent à elle, à cette personne magique qui partagera toujours mon monde. Notre monde. Parce que je l’ai construit avec elle.
Je me sens un peu confuse parce que je déballe tout comme ça, c’est aussi décousu que cette pauvre Sally mais c’est un joli chaos dans ma tête. Je n’aime pas les choses ordonnées !
J’ai encore plein de scènes en tête, d’émotions diverses, de répliques… Ce que je n’ai pas tellement évoqué, parce que je me sens encore un peu perdue à ce niveau, c’est le thème du deuil qui est abordé à la fin du film. La façon dont ça arrive est brutale, complètement inattendue. Et la réaction de Jess est bouleversante. Le déni. Dormir et se réveiller le lendemain sans penser que c’est possible, que Leslie n’est plus là. C’est une réaction spontanée et sincère. Parce que moi, je ne pense pas qu’elle ne sera plus là un jour. Je me dis que ce n’est pas possible, c’est tout. Parce que les enfants ne se posent pas ce genre de questions et ne pensent pas à de telles choses. Alors sa réaction est justifiée. Enfantine et pure. J’ai été incapable de me calmer pendant toute la dernière partie du film parce que je ne voulais pas y croire, parce que je me répétais que ce n’était pas juste. Jess venait enfin d’accepter ce qu’il était grâce à Leslie, parce que « dès que cette fille est arrivée ici, elle a chamboulé ta vie, n’est-ce pas ? ».
Donc pour ma part, la fin… Qu’il continue sans elle est très courageux. J’ai compris à ce moment que je n’étais pas courageuse moi. Sans elle, je ne serais plus que la moitié de moi. Et je ne pourrais pas survivre en étant qu’une seule moitié de quelque chose, c’est tout. Donc Jess est d’un courage incroyable. La fin m’a complètement retournée parce que c’est joli, innocent, sincère, tellement… pur… Le pont pour Terabithia. J’ai pleuré très, très fort, et longtemps parce que ce genre de fin… Cette image finale, avec Terabithia dans toute sa splendeur, et tous ses habitants qui accueillent Jess et May Belle, c’est… wouah… Bouleversant. Je ne sais pas quels mots utiliser pour expliquer ce que je ressens. Juste là, en revoyant cette image, j’en ai le cœur serré dans la poitrine. C’est très beau et ça a quelque chose de… triste, mais en même temps, je suis contente pour Jess de cette reconnaissance, et du regard de May Belle qui est complètement émerveillée. C’est adorable et puis, quand on sait ce que ça fait, ça rend heureux. Je suis sincèrement incapable de me remettre de ce film. J’ai même pleuré encore plus la seconde fois parce que dans un sens, c’est un soulagement immense de savoir que je ne suis pas seule. Que certains enfants que je ne connais pas ont ressenti la même chose. Que j’ai mon âme-sœur avec moi, pour toujours. Et d’un autre côté, c’est très triste de voir la réaction des adultes, des personnes normales. Entre ceux qui n’aiment pas ce film, parce que soit ils s’attendaient à Narnia, et que par conséquent, ils ne font pas l’effort d’imagination, ou soit ils sont trop grands pour comprendre, et ceux qui sont sortis en pleurant sur leur enfance perdue… Je trouve ça tristement pathétique. Je n’ai aucune pitié pour ces gens. Les enfants n’éprouvent pas la pitié, on ne s’encombre pas de telles choses. On ne possède pas une grande part d’enfance, mon âme-sœur, moi, les autres comme nous… nous SOMMES des enfants. On a décidé de ne pas grandir il y a longtemps déjà. On n’a jamais cessé de grimper dans les arbres et de jouer aux pirates. Il faut bien saisir la différence entre les enfants qui vivent, et qui ressentent, et ceux qui se leurrent sur leur prétendue enfance sacrifiée… Je ne fais pas parti de ceux-là, et ce ne sera jamais le cas.
Ce film est arrivé encore une fois à temps dans ma vie. Pour confirmer tout ce qui m’unit à la personne que j’aime plus que ma propre vie, pour me dire que c’est bon, j’ai saisi la barre, choisi mon cap, moi aussi, et que maintenant, j’ai le droit de rêver. C’est moi qui l’ai voulu. Tant qu’on ferme les yeux et qu’on garde son esprit bien ouvert…
Parce que moi, je suis une fée très heureuse qui a trouvé un ange merveilleux, et que je te terabithiaime de toutes la force de mes ailes scintillantes.
05 février 2007
Eragon, de Christopher Paolini
Quelqu’un m’a récemment dit que j’étais « attachée à cet univers ». C’est tout à fait cela. Je n’aurais jamais imaginé une telle chose possible. Je ne pensais que je m’y attacherais aussi fort. Que je l’aimerais autant. Et pourtant, je me suis laissée captiver par les premières lignes, et mes yeux ont parcouru toutes ces pages avec un bonheur inégalable. J’avais acheté le roman un peu plus d’un mois avant la sortie du film en salles. Mais je ne l’ai lu qu’après être allée voir son adaptation pour la première fois. J’ai revu le film deux fois par la suite. Une fois alors que j’étais au milieu de ma lecture. La seconde alors que je venais de terminer les dernières lignes. Et j’ai réalisé comme mon point de vue du film avait pu changer au fil de ma lecture. Cette alternance film/roman fut une très bonne expérience, je pense. Je me suis perdue dans l’immensité de l’Alagaësia pendant près d’un mois et demi complet, durant lequel j’ai côtoyé une dragonne et son dragonnier, une sorcière un peu farfelue, une elfe puissante et magnifique, le fils d’un Parjure au regard aussi clair que son âme est sombre, un grand chef de guerre et d’autres créatures fantastiques au sens propre et littéral du terme…
Il y a tant de choses à dire sur ces 679 pages, car chacune d’entre elles est savoureuse, trace d’encre porteuse de maints détails qui ont su faire chavirer mon cœur de fée.
Je n’ai, au jour d’aujourd’hui, et alors que les étoiles brillent autant dans le ciel que dans mes yeux, plus peur de dire que c’est le roman que j’attendais.
Au départ, j’ai été assez moqueuse envers son auteur, et j’en suis désormais désolée. Je n’avais pas encore ouvert son livre, et j’avais légèrement plaisanté sur ses déclarations. Le fait qu’il vive entouré par la Nature, et qu’il ait besoin de s’y promener des heures durant chaque jour afin d’y puiser son inspiration… Au fond, je n’aurais pas dû me moquer. Déjà parce que maintenant que l’esprit de son roman parcourt mes veines, je regrette mes sourires narquois. Ensuite parce que je le comprends. Je vis aussi dans un endroit aux allures magiques et j’ai besoin d’y perdre mon regard et mes pas pour retrouver l’envie d’écrire, de temps à autres.
Christopher Paolini a vivement été critiqué, notamment par un magasine de cinéma dont je tairais le nom, qui a jugé son œuvre « enfantine et facile, douée d’un style trop léger ». Quand on écrit sur le cinéma, on garde ses commentaires sur la littérature pour soi. Comparer ce jeune auteur à de grands maîtres de la fantasy tels que Tolkien et Lewis est trop facile. Il n’a pas choisi de naître des décennies plus tard, et son talent est là, que l’on veuille le reconnaître ou non ! Un auteur qui admire d’autres écrivains a forcément des influences, et si elles se ressentent dans sa propre histoire, c’est bien, au contraire. Ça démontre l’admiration qu’il témoigne à ses pères, et c’est une jolie façon de se sentir proche du lecteur qu’il a été, et que nous sommes en tournant les pages de son roman aujourd’hui. Du reste, le dénigrer en insinuant qu’il a « pompé » Tolkien n’a aucun sens. Lisez Tolkien, puis lisez Paolini. J’ai été beaucoup plus bouleversée par le roman de ce dernier que par la trilogie du Seigneur des Anneaux. Je m’étais arrêté au cours du second livre, Les Deux Tours parce que le style ne gardait guère mon œil attentif suffisamment longtemps. Je suis navrée pour les admirateurs de Tolkien, et j’admire ceux qui supportent son style. Ce n’est pas mon cas et je fais partie de ceux qui adorent Peter Jackson et toutes les personnes qui ont transposé l’œuvre à l’écran, car sinon, je serais malgré tout passée à côté d’une très belle histoire (et le « très belle » est un euphémisme, les mots me manquent simplement). Pour en revenir à Paolini, c’est justement sa jeunesse qui a permis à Eragon de me bouleverser autant, je l’ai compris dès les premiers chapitres.
Car, d’accord, l’histoire pourrait faire parti des déjà-vu du monde de la fantasy. Eragon qui n’est qu’un jeune garçon de ferme vivant dans une région isolée de l’Alagaësia, va voir son existence basculer le jour où un œuf de dragonne entrera en sa possession. S’ensuivra un long périple pour rejoindre les bons qui combattent les méchants… Sauf que non, ce n’est pas cela du tout.
Le point essentiel de ce roman – de cette trilogie car c’en est une – c’est cette palette de sentiments que nous offre le style de Paolini. Eragon est un adolescent qui mène une vie des plus tranquille auprès de son oncle et de son cousin, à Carvahall, dans le Palancar. Sa mère l’a laissé à Garrow, son oncle, avant de fuir sans nulle explication. Hé bien, rien que cela… Un auteur basique passe cette douleur sous silence, ou bien sa façon de l’évoquer est si clichée que les sentiments n’y sont pas. Paolini sait y faire et il se montre d’une merveilleuse habilité avec le maniement des sentiments humains. Sans nous pousser à plaindre Eragon, on réalise sa douleur d’avoir été abandonné et les questions qu’il se pose sont… humaines. Ce dernier mot résume parfaitement le ton du roman. C’est une écriture qui vise à l’expression des sentiments humains. Tout ce qui arrive à Eragon – la découverte de cette gemme bizarre, la naissance de Saphira, la disparition tragique de Brom, son départ de Carvahall pour des terres inconnues, sa relation avec Brom, les rêves qui l’unissent à Arya, ses premiers affrontements avec les Ra’zacs puis les Urgals, son premier vol avec Saphira, les vols suivants, la perte de Brom, la rencontre avec Murtagh, leur périple à travers le désert du Hadarac, leur arrivée dans Farthen-Dûr, son entretien avec Ajihad, la bataille finale… Tout le roman, toutes ces aventures sont vécues à travers les yeux d’Eragon, et par conséquent à travers son cœur. Ce sont ses émotions qui s’expriment. On part d’un adolescent uniquement doué pour les travaux de la ferme pour se retrouver en fin de livre face à un homme capable de se battre avec l’épée et la magie, lié à une dragonne magnifique et promis à une destinée inoubliable. C’est un roman d’apprentissage grâce à cela. Eragon traverse de multiples épreuves – et sur ce point, le film ne lui rend pas justice. Il n’est qu’un jeune homme dont la vie est bouleversée par la naissance d’une dragonne, qui lui était promise depuis un millier d’années. Il découvre qu’il est un dragonnier. Il perd des êtres chers. Il apprend à ôter la vie de ses propres mains. Il éprouve des milliers de sensations, d’émotions, aussi bien sur le plan physique que moral, d’ailleurs. J’ai ressenti sa crainte quand il la ressentait, j’ai partagé ses doutes, ses douleurs, ses joies infimes… Les mots employés sont si justes qu’un lecteur si investi puisse-t-il être, doit ressentir tout ce que décrit l’encre sur les pages. Sinon ce roman ne vaut pas la peine d’être lu. J’ai de nombreux passages en tête qui témoignent de ces sentiments qui habitent Eragon, et qui m’ont parcourue durant ma lecture. Je garde en mémoire son premier vol sur Saphira. Car contrairement à ce que l’on voit dans le film, il n’est pas retenu par le pied dans les serres de la dragonne, incapable de s’asseoir sur son échine, et leur vol ne dure pas que quelques minutes. En réalité, Saphira l’oblige à la monter comme un dragonnier doit le faire, sur son dos, et leur vol dure des heures durant, sans aucune halte. Saphira vole si haut qu’Eragon manque de mourir de froid – d’autant plus que le début du roman prend place au milieu de l’hiver – les membres gelés et les cheveux couverts de glace, les poumons étouffés par le manque d’air. Lorsque Eragon descend de sa dragonne, il n’est plus capable du moindre geste et il ne parvient plus à marcher. Il tombe dans la neige, les jambes meurtries et transi de froid et de faim – car leur fuite s’étend sur plus d’une journée en comptant l’aller et le retour entre Carvahall et la Crête. Il réalise ensuite que tout l’intérieur de ses cuisses est écorché, et que sa peau est profondément arrachée, ruisselante de sang et blessée, à cause de frottement de ses jambes sur les écailles de Saphira. Ce passage marque aussi une évolution dans sa relation avec la dragonne. Car quand Saphira l’emmène loin de la ferme, c’est pour protéger Eragon des tueurs, et elle est si paniquée qu’Eragon ne parvient pas à toucher son esprit le temps de leur vol. C’est uniquement bien après, au sol, qu’il peut enfin la contacter alors qu’elle est étendue dans la neige, tremblante comme une feuille. J’aime énormément Saphira… Je ne demandais pas à ce qu’on mette toute cette scène dans le film – pourtant une heure quarante c’est… enfin bon – mais quand même, cet événement est l’un des premiers qui marque vraiment Eragon. Cette douleur physique, et aussi morale car c’est le moment où les Ra’zacs ont fait brûler la ferme et torturé son oncle à mort. Ce sont les premières épreuves difficiles que traverse le jeune homme, prologue d’une destinée encore plus douloureuse, et c’est important à souligner. Ce premier vol prend une allure de cauchemar pour Eragon qui attendra un certain moment avant de bien vouloir chevaucher à nouveau Saphira. À chaque fois, les mots utilisés, la tournure des phrases et les évènements vécus par Eragon se succèdent avec une fluidité et une sensibilité qui ont retourné mon cœur, voire mon âme tant les mots sont restés ancrés en moi.
La naissance de Saphira est à elle seule décrite d’une façon incroyable. J’ai eu l’envie – toujours présente cette envie – d’avoir une petite dragonne moi aussi, pour voir ça avec mes yeux. Le chapitre est plein de douceur, de légèreté, et d’amour, parce que c’est réellement de l’amour qui unit Eragon à Saphira. Cette relation est justement encore plus forte que ce que l’on aperçoit dans le film. Évidemment, le film a su rendre à merveille leur belle relation, mais le roman contient des mots que les images ne surpassent pas, et le nombre de pages appuie la longueur limitée de l’adaptation, mine de rien. Le lien qui unit Eragon et Saphira est donc pur, d’une beauté… j’ignore comment le décrire, car mon vocabulaire me paraît bien pauvre suite à ce que j’ai éprouvé en lisant ces passages. Certaines pages de mon livre sont cornées parce qu’il y a certaines répliques entre eux que j’aime définitivement.
« S’il arrive quoi que ce soit, je t’attacherai de force sur mon dos et je ne te laisserai plus jamais mettre pied à terre. »
« Moi aussi, je t’aime. »
« Alors, je t’attacherai encore plus serré. »
(Un Séjour à Teirm, page 252)
Elle se retira de son esprit avec une dernière caresse et un doux murmure : « Je t’aime, petit homme… »
« Moi aussi », dit-il.
Elle se lova près de lui pour qu’il profite de sa chaleur ; il s’adossa contre elle, immobile, ruminant ses pensées dans l’obscurité.
(Affrontement, page 492)
Ce sont de petits passages qui ont réchauffé mon cœur parfois lourd de tristesse et de solitude. Envie d’avoir une dragonne, moi aussi, pour qu’elle se conduise comme une mère comme agit Saphira avec Eragon.
Continuant sur les liens, il faut forcément évoquer ce qu’il se passe entre Brom et Eragon. Brom est déjà très différent de l’image renvoyées par celle du film, c’est un fait. Paolini a créé le personnage d’un conteur vivant à Carvahall depuis quelques années, à l’allure d’un vieillard à la longue barbe blanche et à la sagesse connue des habitants du village. Tandis que le Brom du cinéma a tout de l’ancien dragonnier très en forme. Mais je suis encore tombée sous le charme de Jeremy Irons lors de mon dernier visionnage alors je ne critique pas Brom. Je l’aime dans les deux versions, d’autant plus que celle du film lui est très fidèle. C’est simplement que dans le roman, le premier regard posé sur lui laisse à croire qu’il est plutôt vieux et sans doute incapable de se défendre, conteur apprécié de tous. D’ailleurs, il y a dans le roman un chapitre que j’aurais beaucoup aimé voir dans le film, « Histoires de Dragon », qui est passionnant. Il évoque la venue des marchands nomades à Carvahall, qui a lieu chaque année, et durant cette période, des tentes sont dressés près du village, et le soir, des animations ont lieu grâce à des troubadours, des ménestrels et des acrobates, et lors de ces veillées, Brom raconte alors des anciennes légendes propres à l’Alagaësia. C’est dans ce passage que l’on apprend l’histoire de Galbatorix et la manière dont il devint roi de l’empire.
Comme dans le film, Brom prend Eragon sous sa protection après la destruction de la ferme et la mort de Garrow – ce n’est pas Brom qui y met le feu normalement… mais je suppose que cet acte était là pour marquer son caractère déterminé et durci par les années et les épreuves de la vie. C’est un aspect qui a le temps d’être amplement développé dans le livre, mais l’adaptation devait cerner les personnages d’un simple geste. Je le perçois comme ça en tout cas. Au fil de la lecture, on apprend que Brom était plus qu’un simple conteur, et que sa longue existence est riche de secrets et d’évènements capitaux dans la situation actuelle de l’Empire. (Je ne les évoquerai pas pour ne pas gâcher la lecture de qui se perdrait dans cet article, comme mon ange.)
Comme pour Eragon et Saphira, ici, l’épaisseur du roman offre une vision beaucoup plus large de ce que devient la relation entre Eragon et Brom. La méfiance du départ cède peu à peu la place à une confiance absolue, et diverses scènes sont de petites merveilles serties d’émotion ou d’humour selon le contexte.
Brom grimaça :
– Veux-tu avoir une réponse à tes questions ou te perdre dans les méandres obscurs de ton ignorance ?
– Je suis désolé, murmura le garçon en baissant la tête pour mimer la contrition.
– Menteur, répliqua Brom, une lueur d’amusement dans le regard.
(Des Nouvelles Brûlantes, page 74)
Étant donné que tout est vu, perçu et vécu à travers les yeux d’Eragon, on ressent toute l’affection, l’admiration, la crainte parfois, et le respect qu’éprouve le jeune homme pour le conteur. Au départ, Eragon se pose de nombreuses questions quant à la véritable identité de Brom, son passé et les raisons pour lesquelles il a décidé de l’aider. Puis il en apprend un petit peu, quelques détails que le conteur lui cède au cours d’une conversation ou certains autres qu’Eragon découvre par lui-même en fouinant. Ce qui est passionnant dans ce passage du roman, c’est le périple entrepris par les deux hommes. Ce que l’on en voit dans le film est très minime par rapport à tout ce qui leur arrive au fil des pages. Ils partent de Carvahall à pied, progressent vers le sud jusqu’à Therinsford où ils achètent des chevaux, traversent Yazuac (ce village est associé à un événement qui fait parti de ceux qui changeront Eragon à jamais, l’obligeant à ouvrir les yeux sur la réalité de son monde et le forçant à utiliser sa magie pour la toute première fois), Daret (qui n’est pas du tout un village sur un lac, mais j’adore l’image du film), puis Teirm (où l’on rencontre Jeod, un ancien ami de Brom qui est un personnage manquant à l’adaptation, tout comme les chapitres se déroulant à Teirm, où Eragon apprend à lire, à écrire et où il peut enfin se reposer un peu pour la première fois depuis longtemps). Le chemin de Brom s’arrête malheureusement ici, et j’avoue avoir senti mes larmes couler lors de cette scène. Tout d’abord parce que le style m’a coupée le souffle. J’avais la sensation d’être aux côtés des personnages, observant le conteur auprès d’Eragon.
Toute la journée, Eragon, en pleurs, tint la main du vieil homme. Rien ne troubla sa veillée ; ni la faim, ni la soif. La pâleur de Brom vira au blême ; l’éclat de ses yeux se ternit ; ses mains devinrent glaciales. L’atmosphère de la grotte s’alourdit. Impuissant, le garçon regardait la blessure des Ra’zacs faire son œuvre.
Au tout début du crépuscule, lorsque s’allongent les ombres, Brom se raidit d’un coup. Eragon l’appela par son nom, puis il cria à Murtagh de venir l’aider, mais il n’y avait rien à faire. Dans un silence oppressant, le vieil homme fixa Eragon dans les yeux. Un sourire éclaira son visage ; un souffle infime s’échappa de ses lèvres ; et c’est ainsi que mourut Brom le conteur.
(Le Legs D’Un Dragonnier, pages 390 – 391)
Ensuite, ce passage est prenant à cause de tout ce qu’il s’était passé auparavant, ces éléments qui me sont revenus en mémoire avec un brin de nostalgie. Les soirées d’entraînement entre Brom et Eragon, laissant toujours le dernier sur les genoux et couvert de bleus, les conversations parfois drôles, légères, semblables à celles d’un père et son fils, à côté de celles empreintes d’un degré élevé de gravité où les révélations étaient de mise. Les réprimandes de Brom contre Eragon qui apprend à être un homme avec toutes les difficultés qu’une telle évolution implique. Les scènes où Brom apprend à Eragon à maîtriser sa magie, et lui inculquant les formules en ancien langage. Les descriptions de leurs chevauchées qui m’ont beaucoup, beaucoup plues, me laissant ivre de cette même sensation de vertige que j’ai éprouvée par trois fois en voyant ces scènes sur grand écran. Car j’en profite pour préciser ici que Christopher Paolini a un sens du détail extraordinaire, et je comprend à quel point le paysage autour de lui a su l’inspirer pour nous offrir de telles descriptions.
En ce qui concerne Brom, et pour finir là-dessus avant d’évoquer le personnage qui lui « succède », j’ajouterai que ce pan de livre, où est évoquée sa traversée de l’ouest de l’Alagaësia en compagnie d’Eragon est magnifique. Dans le sens où l’on découvre énormément de lieux divers grâce aux villages différents, et que l’on rencontre des personnages uniques, tels que Jeod comme je l’ai dit, et surtout Angela qui n’a rien à voir avec l’apparition inutile du film. Ne pas avoir respecté l’univers de l’herboriste un peu marginale pour l’adaptation m’attriste un peu, d’autant plus que la présence du chat-garou Solembum aurait été géniale, parce que j’ai adoré l’animal, son intelligence, ses répliques et ses manières. Ce qui est très touchant, et qui reste un chouette souvenir à mes yeux, c’est la complicité évidente qui lie Eragon et Brom. Au contact du conteur, Eragon grandit peu à peu tout en se sentant protégé. Et des passages comme celui où ils arrivent à Teirm en se faisant passer pour des simples d’esprits, histoire de ne pas se faire repérer, est savoureux. Leur accent paysan et l’audace d’Eragon m’ont fait éclater de rire sur plusieurs lignes. Une fois encore, pour ce qui est de la relation Brom/Eragon, Paolini a su explorer les liens père/fils, maître/élève et au fil du roman, je prenais conscience du don de ce jeune auteur à utiliser les mots avec magie. C’est d’une clarté évidente, pour faire un pléonasme, tant je suis ébahie par son talent. Et je ne le dis pas à la légère, parce que je suis très difficile quand je lis. Si je dis que cette lecture a changé beaucoup de choses en moi, c’est que j’ai eu le temps d’y réfléchir.
Ce qui est encore mieux, c’est que si on a l’impression qu’on devrait finir par se lasser au fil des pages… ce n’est pas le cas. Car l’arrivée de nouveaux personnages étoffent celui qu’est Eragon, et l’évolution de celui-ci est toujours plus fabuleuse.
Arrive donc Murtagh par la suite, et là, le roman prend une autre tournure tout aussi intéressante que les précédentes. Parce qu’une nouvelle relation voit donc le jour entre Eragon et Murtagh, après que ce dernier l’ait libéré des Ra’zacs, non loin de Dras-Leona. Et là, comment dire… ça redonne un merveilleux coup de fouet au roman. Car le calme et la sagesse de Brom cède la place à la fougue et à l’audace de Murtagh. Le personnage est très peu visible dans le film (à mon grand dam, tout le monde le sait maintenant) et c’est très dommage car il est passionnant. J’avais eu ma préférence pour lui dans l’adaptation, elle s’est confirmée pendant ma lecture. J’aime aussi Eragon. Énormément. Sauf que je les aime différemment. Le personnage d’Eragon me bouleverse parce que selon les contextes et les pensées qu’il a, je le comprends pour avoir ressenti ce qu’il éprouve. J’avais déjà été touchée dans le film, je le fus mille fois plus avec le roman. Les mots ont su se frayer un chemin jusqu’à mon cœur pour s’y loger à jamais. J’ai une part d’Eragon en moi pour toujours, aussi simple que cela. Tandis que pour Murtagh… C’est sa dualité qui est fascinante. On ne sait de lui ce qu’il veut uniquement bien nous dire et c’est tout. Il est un double très torturé d’Eragon. Il vient en aide au jeune héros et propose de l’aider, de le guider sans aucune monnaie d’échange. La seule chose qui est certaine, c’est qu’il refuse de rejoindre les Vardens et il prévient Eragon qu’ils se quitteront dans les Montagnes des Beors. Évidemment, comme dans le film, il est contraint de gagner la cachette des Vardens et là se révèle sa véritable identité. Sauf que dans le roman, cela se passe d’une autre façon. Et le nombre de pages qui supporte la relation entre Eragon et Murtagh est là encore important, et j’en étais contente. Parce que si la relation de Brom et Eragon était basée sur un respect mutuel par rapport à leur âge et leur expérience de la vie, Eragon et Murtagh ne sont séparés que par quelques années uniquement.
Leur jeunesse les rapproche tout comme elle peut les opposer. Et l’obligation de traverser l’immense désert du Hadarac (après être allé au secours d’Arya à Gil’ead) va entraîner de nombreuses complications. Leur humeur s’en ressent. Là encore, le talent de l’auteur est indéniable car enfin, on voit des héros qui… pètent légèrement les plombs à cause de la fatigue, du voyage, de la pression provoquée par les Urgals lancés à leurs trousses ainsi que par l’état critique d’Arya, et surtout à cause d’une chose universelle : la vie en communauté. Car c’en est une, en quelque sorte, entre les deux garçons, et ils sont quand même obligés de se supporter tous les jours 24 heures sur 24. Bien loin du merveilleux cliché de la loyauté éternelle et de la bonne humeur constante, Christopher Paolini insiste une nouvelle fois sur la complexité des sentiments humains, et c’est quelque chose que j’ai adoré entre Eragon et Murtagh. Après la traversée du désert du Hadarac, Murtagh devient de plus en plus bougon et n’hésite pas à répondre sans tact à Eragon, épuisé. Tout empire lorsque Eragon propose de rejoindre les Vardens à dos de dragon pour sauver Arya tandis que Murtagh les suivrait avec les chevaux. Murtagh, blessé par cette idée, s’emporte et cela donne lieu à une scène très violente entre les deux garçons, au niveau des paroles et des coups échangés. C’est plus qu’humain.
Murtagh croisa les bras et grogna :
– Bien sûr ! Murtagh la bête de somme ! Murtagh le garçon d’écurie ! Je ne suis bon qu’à ça, j’aurais dû m’en souvenir. Et je te rappelle que tous les soldats de l’Empire me recherchent, puisque tu n’as pas été capable de te défendre tout seul, et qu’il m’a fallu risquer ma peau pour sauver la tienne. D’accord, je suppose que je n’ai qu’à suivre tes instructions, et rester en arrière pour mener les chevaux, comme un bon serviteur.
Eragon fut complètement dérouté par ce ton venimeux.
– Qu’est-ce qui te prend ? Je sais ce que je te dois, et je te suis reconnaissant. Tu n’as pas de raison d’être en colère contre moi ! Je ne t’ai pas demandé de m’accompagner, ni de me sauver à Gil’ead. Tu as agi de ton propre gré ! Je ne t’ai jamais forcé à faire quoi que ce soit !
– Oh, pas ouvertement, non. Mais que pouvais-je décider d’autre sinon de vous aider, quand les Ra’zacs vous tenaient, Brom et toi ? Et, plus tard, à Gil’ead, comment aurais-je pu partir la conscience tranquille ? Le problème, avec toi, ajouta-t-il en enfonçant son doigt dans la poitrine d’Eragon, c’est que tu es à ce point incapable de te défendre qu’on se sent obligé de te venir en aide.
Les paroles de Murtagh froissèrent la fierté d’Eragon, d’autant que, il devait le reconnaître, elles avaient un fond de vérité.
– Ne me touche pas, gronda-t-il.
Son compagnon eut un rire âpre :
– Sinon tu me cognes ? Tu raterais même un mur de briques !
Il voulut bousculer Eragon mais celui-ci l’attrapa par le bras et le frappa à l’estomac.
– Je t’ai dit : ne me touche pas !
(Le Sentier Révélé, pages 479 – 480)
Il existe plusieurs scènes de ce type qui sont très dures entre les deux jeunes hommes. Elles sont criantes de sincérité et j’ai vraiment apprécié. Le caractère de Murtagh s’oppose complètement à celui d’Eragon. Car au départ, celui-ci est un garçon plus réservé et silencieux, et sa relation avec Murtagh le pousse à s’affirmer complètement, et cela renforce énormément son caractère. Une autre scène évoque une nouvelle fois le rapport à la mort d’Eragon. Après avoir traversé le désert du Hadarac, Murtagh, Saphira (qui porte Arya) et lui parviennent à la lisière d’un paysage enneigé, et ils sont encerclés par des marchands d’esclaves. Après l’intervention d’Eragon qui les effraie grâce à la présence de sa dragonne et sa capacité à invoquer la magie avec l’ancien langage, les hommes s’enfuient, terrorisés. Sauf que leur chef tombe à genoux face à Murtagh et malgré les protestations d’Eragon, le jeune homme coupe la tête de leur ennemi. On réalise que si ôter la vie dégoûte profondément Eragon – que ce soit une vie maudite ou non – Murtagh agit autrement et leur opposition est très flagrante dans ce passage.
– Tu es malade ! hurla-t-il, fou de rage. Pourquoi l’as-tu tué ?
Murtagh essuya son épée sur la veste de Torkenbrand, où l’acier laissa une marque sombre.
– Je ne vois pas ce qui te trouble à ce point.
– Ce qui me trouble ! explosa Eragon. C’est bien plus que ça ! Il ne t’est pas venu à l’esprit qu’on pouvait simplement le laisser partir, et continuer notre chemin ? Non ! Tu as préféré jouer au bourreau et lui couper la tête. Il était sans défense !
Murtagh sembla perplexe devant la colère d’Eragon.
– On n’allait pas le laisser traîner dans les parages ! Il est dangereux ! Les autres ont fui avec tous leurs chevaux. Sans monture, il n’aurait pas été bien loin. Je ne voulais pas que les Urgals lui mettent la main dessus et apprennent l’existence d’Arya. Alors j’ai pensé que…
– Mais le tuer ! le coupa Eragon. […]
– J’essaie seulement de rester en vie, argumenta Murtagh. Aucune vie ne m’est plus précieuse que la mienne.
– Ce n’est pas une raison pour basculer dans la violence gratuite ! gronda le Dragonnier en désignant la tête sans corps. Tu n’as donc pas de compassion ?
– Compassion ? Compassion ? Quelle compassion puis-je me permettre envers mes ennemis ? Aurais-je dû renoncer à me défendre pour les épargner ? En ce cas, je serais mort depuis des années ! Il faut avoir la volonté de se protéger soi-même – et de protéger ceux qu’on aime. Quel que soit le prix à payer.
(Affrontement, pages 490 – 491)
Ce passage est encore plus long, mais si je m’écoutais, je recopierai tout le roman ! Ici, j’ai aimé la colère d’Eragon. Il paraît si blessé au fond de lui, sans comprendre pourquoi il est besoin de tuer pour vivre. En parallèle à Murtagh chez qui l’on découvre un peu plus de sa personnalité secrète. On apprend qu’il est doué de force et de cruauté quand il le faut, et qu’il a apparemment dû être sur ses gardes une bonne partie de sa vie tant ses réflexes sont vifs, précis et paraissent habituels. J’aime beaucoup la dernière réplique de cette citation, sur l’absence de compassion qui l’habite, dans le sens où j’ai toujours revendiqué mon refus à la compassion et à la pitié. Dans les deux sens. Je ne veux ni l’éprouver, ni l’inspirer. C’est à ce moment précis du livre que je me suis dit que j’adorerais discuter avec Christopher Paolini.
Ceci dit, je décris la relation entre Eragon et Murtagh avec un regard assez sombre, alors que leur périple est parfois marqué de notes d’humour. Murtagh est également un personnage très volubile, aussi doué avec les armes qu’avec les mots, et en plus d’être décrit comme réellement charmant, il est agréable à vivre, quand il n’est pas de mauvaise humeur et qu’il n’est pas en danger de mort. J’adore la bonne humeur et la fraîcheur qu’il a apporté au moment où tout paraissait si triste autour d’Eragon. Pourvu d’une complexité des plus intéressantes parmi tous les personnages du roman, il sait être d’humeur légère tout comme il peut être relativement grave si la situation se prête à ce sentiment.
Après un enchaînement ininterrompu de bottes et de parades, Murtagh éclata de rire. Non seulement aucun des deux ne réussissait à prendre l’avantage, mais leurs forces étaient à ce point égales qu’il se fatiguaient au même rythme.
(Capture À Gil’ead, page 407)
Une étincelle d’excitation s’alluma dans les yeux de son compagnon. Un sourire de loup étira ses lèvres. Il se retourna pour regarder au loin la fumée montant des campements des soldats, et dit :
– J’ai toujours aimé les courses de vitesse.
– Les enjeux de celle-ci, ce sont nos vies.
Murtagh bondit en selle et mit Tornac au trot.
(Passer Le Ramr, page 458)
Pour terminer sur leur relation, il existe une multitude de petites scènes qui montre leur attachement l’un à l’autre au fil de leur périple. Malgré leurs disputes, leur bagarre, ils réalisent qu’ils se sont liés d’amitié et parfois, quelques lignes évoquent des situations que j’ai trouvées très jolies, encore une fois rendues magiques par les mots de Christopher Paolini :
Chaque fois qu’Eragon s’entraînait à parler l’ancien langage, le jeune homme écoutait en silence, s’informant de temps en temps du sens de tel ou tel mot.
(Capture À Gil’ead, pages 406 – 407)
– Tu as risqué ta vie pour moi. J’ai une dette envers toi. Je n’aurais jamais pu m’échapper tout seul.
Il y avait même plus. Un lien s’était tissé entre eux ; un lien de fraternité, soudé par la bataille commune et scellé par la loyauté de Murtagh à son égard.
(Guerrier Guérisseur, page 442)
– Je m’en irai plus tard, déclara brièvement le jeune homme. Quand nous serons près des Vardens, je m’éclipserai par le fond d’une vallée et me rendrai au Surda. Je saurai m’y cacher sans attirer l’attention.
– Donc, tu restes ?
– Qu’on dorme ou pas, je te mènerai au Vardens, promit Murtagh.
(La Vallée Cachée, page 496)
J’aimerais bien continuer d’évoquer Murtagh-ceci, Murtagh-cela mais je n’en finirais pas… Ce qui est dommage tant le personnage est fascinant. Il ne porte pas le poids du roman sur ses épaules, certes, mais Paolini a su lui attribuer des qualités et des défauts plus qu’intéressants, et les quelques petites choses que l’on apprend sur lui n’épuisent pas ma curiosité. On apprend qu’il est le fils du premier et du dernier des Parjures, Morzan, tué par Brom des années auparavant, de la lame de Zar’roc, l’épée de Morzan devenue le legs de Brom à Eragon. On sait que son père n’en a pas été un aux yeux de Murtagh, et que le seul souvenir qu’il garde de lui est une longue cicatrice courrant de l’épaule droite à la hanche gauche, sur son dos. Il possède des connaissances inépuisables sur la géographie de l’Alagaësia, ainsi que sur le déroulement de la politique de l’Empire de Galbatorix. Il est un archer hors-pair, monte à cheval des heures sans émettre le moindre signe de fatigue, parle peu quand il le désire. Et son comportement trahit de temps à autre des pans encore inconnus de sa personnalité. Je repense à la fin du roman, quand il se rend au chevet d’Eragon suite à la bataille sous Farthen-Dûr et qu’il invente une explication insensée à propos des jumeaux. Je sais que cet élément aura une importance capitale pour la suite de la trilogie. À ce sujet, certains indices restent sous le sceau du secret et j’ai hâte d’en comprendre la signification. Comme ce que sont les sept mots de l’ancien langage que confie Brom à Eragon avant son décès. Ou quel est l’objet magique que possède Eragon au fond de son carquois et qu’il se promet d’utiliser en dernière extrémité.
J’ai l’impression de faire une étude de texte tant j’en dis et en écris sur ce roman… C’est simplement qu’il m’a fait une si forte impression que je ne peux m’en laver, et surtout que je ne le veux pas. On pourrait me reprocher mon regard rêveur mais je suis incapable de trouver le moindre élément dans tout ce roman qui me déplaise un tant soit peu.
Le style est agréable, plus que fluide et impossible à copier à mon sens. Les mots sont justes. Magiques, comme je l’ai souvent écrit. Chaque personnage apporte son unicité à l’histoire. La trame est parfaite, le périple qui se déroule pendant la quasi-totalité de l’œuvre est haletant et si bien décrit qu’on se sent le vivre avec les protagonistes. Et réellement, car je n’en démords pas là-dessus, même si l’histoire se déroule sur un fond de trahisons, de manœuvres politiques, de déloyauté et de guerres qui font rage entre les peuples rebelles et l’Empire, le plus important, et ce sur quoi insiste Christopher Paolini avec un talent indéniable, c’est son personnage principal. Il a forcément mis beaucoup de lui dedans et ça se sent. Les moindres émotions d’Eragon sont connues aux yeux du lecteur et sont dévoilées avec pudeur et sincérité. C’est sa propre vision du monde et des gens qu’il découvre. Son dégoût pour la mort, sa crainte de combattre, son euphorie quand il chevauche Saphira (la première scène de vol sur la selle que Brom a offerte à Eragon et Saphira est à couper le souffle, littéralement), sa colère face à l’ignominie du monde qui l’entoure, son amour pour Saphira, sa timidité envers Arya, son respect pour Brom, son amitié avec Murtagh, son admiration pour Ajihad. Rien n’est laissé au hasard, et ce qui fait d’Eragon un très grand roman pour moi, c’est la puissance des sentiments humains qui y sont explorés. Le reste n’est qu’un immense support, qui permet à Eragon de se chercher, de réfléchir à qui il est et pourquoi il est, avant de se trouver et de savoir où est sa véritable place.
Je pense avoir servi la majorité des meilleurs arguments possibles pour donner envie à quiconque – à condition qu’il aime vraiment lire au risque de ne pas ressentir tout ce que j’ai évoqué – de découvrir ce roman. De le lire, de le relire à l’infini, et de corner des dizaines de pages comme moi, parce que certaines scènes, certaines lignes sont de véritables merveilles.
Christopher Paolini est un réel prodige des mots et des sentiments, et je l’admire pour cela. Je lui suis reconnaissante d’avoir su créer un tel monde, avec tant de détails, de tels personnages tous magnifiques, de telles aventures à niveau humain. Il m’a redonné envie de sourire, de rêver, d’écrire. De continuer à vivre parce que la vie vaut la peine d’être vécue, surtout quand on comprend qu’il y a des trésors comme ce roman qu’il ne faut surtout pas laisser passer.
Avant de terminer, je voudrais évoquer l’adaptation au cinéma. Parce que même si le film est bien trop court, ce qui dessert l’envergure du roman, pour ma part, je reconnais que les lieux filmés et les personnages représentés sont restés présents tout au long de ma lecture. Alors si je condamne désormais le film pour avoir ôté des chapitres que j’adore, ou pour avoir simplifié certaines situations pourtant magnifiquement orchestrées dans le livre (à partir de l’arrivée chez les Vardens pour ne citer que cela), je suis contente de posséder le visage des personnages en tête – sauf Arya et Angela qui sont différentes dans mon esprit, et cela se comprend… – parce que ce fut agréable pendant ma lecture. Là-dessus, le choix des acteurs m’a paru très judicieux.
Ainsi se termine mon « petit » commentaire sur ce livre. Le second tome me lance des regards impatients sur mon bureau. I’m comin’ !
Sé onr sverdar sitja hvass !
28 janvier 2007
New Moon, de Stephenie Meyer

New Moon, de Stephenie Meyer est la suite de Twilight (ou Fascination en français). J’ai préféré le lire en anglais car je ne suis pas une adepte de la traduction, et aussi parce que les répliques de ce cher Edward Cullen sont bien meilleures dans la version originale.
À la fin de Twilight, l’auteur nous laissait avec Bella Swan éprise de son vampire d’amour Edward Cullen, et qui le suppliait de faire d’elle l’une des siens. Seulement le beau centenaire au regard d’or n’était pas d’accord… et il ne l’est toujours pas dans cette suite.
Dans New Moon, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que Bella réalise qu’elle va vieillir car elle fête son dix-huitième anniversaire, tandis qu’Edward ne dépassera jamais les dix-sept ans. Tout cela est un énorme complexe de la part de la jeune fille, complexe compréhensible puisqu’elle se visualise déjà à l’âge de sa grand-mère disparue aux côtés du vampire. Ça a de quoi en froisser plus d’une. Seulement, tout se complique quand une petite soirée d’anniversaire est organisée chez les Cullen et que Bella se coupe accidentellement avec le papier cadeau. Jasper perd le contrôle et manque de se jeter sur la jeune fille avant l’intervention d’Edward. Et c’est le début de la fin.
Edward et sa famille quittent Forks, après que le jeune vampire ait rompu avec Bella en la convainquant qu’il ne l’aimait pas, et qu’il était las de cette existence ici, avec elle.
Bella sombre alors dans une profonde dépression, jusqu’à l’intervention de Jacob Black, un garçon qu’elle avait fréquenté lors de son arrivée à Forks, fils d’un vieil ami de son père. Mais Jacob cache lui aussi un secret, et il représente tout ce que ne sont pas les vampires. Il ne sera jamais Edward. Loin de là, car il est son pire ennemi de façon héréditaire…
Sans vouloir trop en dévoiler pour mon ange qui ne l’a pas encore lu, il me semble… Il s’agit d’une très bonne suite. Même si nombre d’entre nous – j’entends les personnes que je connais ayant lu le livre – avons hurlé au désespoir à cause de la présence parcimonieuse d’Edward, ça reste une suite très intéressante. Nous découvrons une autre sorte de créature mythologique, après les vampires. Pourtant, bien que ces créatures soient sympathiques à étudier, et même si Jacob est un bon personnage, j’ai toujours été attirée par les vampires donc moi, l’absence d’Edward et des Cullen m’a donné envie de me taper la tête dans les murs.
Parce que Stephenie Meyer écrit tellement bien quand Edward est là ! Je plaisante, elle écrit toujours très bien – son style est fluide, travaillé, elle dit tout en une phrase et les mots sont parfaits – mais elle a une façon de décrire Edward qui nous pousse toutes à l’aimer de tout notre cœur. J’en ai eu la preuve en initiant Marion, une amie, à ces romans. Elle ne jure plus que par Edward Cullen et ça me fait plaisir ! Premièrement, il est beau. Deuxièmement, c’est un personnage complexe, torturé, captivant et au caractère génial dans le sens où j’adore ce côté doux qui peut faire place à un agacement qu’il ne cache pas. Il est très lunatique mais je l’aime quand même. Juste sa façon de répondre à Bella parfois, complètement irrité qu’elle soit aussi… naïve, humaine en somme. Et en parallèle, le fait qu’il la protège au moindre danger, et la tendresse dont il peut faire preuve. Ce vampire est parfait. Oh, et sexy, forcément. Vraiment. Car il est rare que je sois aussi dingue d’un personnage de livre en temps normal. Mais lui… Stephenie Meyer n’a qu’à pas le décrire de la sorte !
Ai-je dit qu’il était beau comme un ange ?
Si je reviens sur le contenu de New Moon, j’évoque surtout la dépression de Bella. Car là, chapeau bas. Étant donné que c’est Bella qui parle, le lecteur connaît toutes ses pensées, ses humeurs. Et Stephenie Meyer a su décrire avec exactitude les différentes passes de cette jeune fille abandonnée par celui qu’elle aimera tout au long de sa vie. Le style d’écriture est poignant. J’en ai eu le cœur retourné à maintes reprises, et il fut difficile de me remettre de mes émotions car chaque description faite de l’esprit de Bella, de sa psychologie, de son état, est incroyablement juste et vraie. L’adolescente s’enfonce dans un gouffre de désespoir et de solitude dont elle se sent incapable d’émerger et cette espèce de descente aux enfers est prenante.
Le roman est truffé de scènes que je garde précieusement en mémoire. Le départ d’Edward par exemple, quand il rompt avec Bella dans la clairière et ce qui s’en suit, j’entends le début de la fin pour la jeune fille qui est inapte à réagir, brisée par cette nouvelle. La vue d’Edward sous le clocher sur la place publique à Volterra, sa chemise en lambeaux à ses pieds. Les scènes où apparaît Alice, avec son allure de lutin et son caractère mutin, qui font d’elle un personnage que j’apprécie beaucoup. Le léger « pétage de plombs » d’Edward pendant le fameux vote en fin de roman, quand il s’éclipse dans une pièce voisine et que l’on entend un bruit sourd, comme quelque chose qui a été cassé. J’aime ce côté-là d’Edward aussi, cette impulsivité qui me rappelle sans conteste la scène de Twilight où il sauve Bella de la voiture déviée par la route gelée. Un bon moment de lecture également, et un premier roman rempli de scènes cultes.
Stephenie Meyer nous emporte une fois de plus dans son univers où les vampires sont des créatures fantastiques dans tous les sens du terme, et son style est excellent. Il n’y a pas d’autre mot plus fort pour qualifier son œuvre. On sent son inspiration Anne Rice et Les Chroniques des Vampires dans la représentation de ses personnages. Et le fait qu’elle ait écouté Muse pour écrire son second roman me rend heureuse. J’aime Muse à la folie. Et j’aime aussi Edward Cullen à la folie.
L'Illusionniste, de Neil Burger
Je suis allée le voir mercredi soir avec Marion, en lui promettant que ce serait bien parce qu’il y avait Edward Norton à l’affiche. Oui parce qu’avant de parler d’Edward Cullen en littérature, L’Illusionniste me permet d’évoquer l’un des grands amours de ma vie : Edward Norton.
Je l’avais découvert quand j’étais un peu trop jeune dans American HistorX. Je l’ai adoré dans son rôle de névrosé perdu et schizophrène dans Fight Club. Il est choupinet comme tout dans Au Nom d’Anna, comédie romantique assez banale et dont le « Il y a huit millions d’habitants à New York mais quand on était tous les trois, on avait l’impression d’être seuls sur notre petite île… » « Hein ? New York c’est une île ? » « Je mets une petite touche de féerie dans l’histoire ! » « Ah, pardon. » « J’essaie de raconter une histoire ! » est excellentissime dans le genre parce que cet acteur est GE-NI-AL !
Donc je voulais le voir dans L’Illusionniste parce que j’étais restée bouche bée devant l’affiche, fascinée par les lumières, les costumes, et par sa position à lui, avec cette espèce de boule de cristal dans la main, toujours flanqué de son regard étrange qui fait qu’il est beau à sa façon. Edward Norton est d’une beauté très spéciale, et j’aime cette beauté chez lui.
Une nouvelle fois, son jeu m’a séduite et il a retourné mon cœur de toutes les façons possibles et imaginables.
L’histoire est celle d’Edward Eisenheim, qui tomba amoureux d’une jeune duchesse de son âge, Sophie Von Teschen, lorsqu’il avait quinze ans. Né de pauvre condition, il était impossible qu’une union entre Sophie et lui voit le jour et les deux adolescents pourtant désespérément amoureux l’un de l’autre furent séparés par les parents de la duchesse. Edward quitta son village natal pour parcourir le monde et devenir le plus grand des illusionnistes, grâce à un vieillard croisé par hasard sur son chemin.
Quinze ans plus tard, Edward Eisenheim fait un retour triomphal chez lui car il est un illusionniste admiré par les critiques et par le peuple.
L’amour ressurgit dans sa vie quand lors d’un numéro, la personne choisie parmi les proches du prince, venu assister à sa représentation, n’est autre que Sophie.
La passion refait surface entre eux dès qu’ils se reconnaissent et l’on comprend qu’ils ne se sont jamais oubliés. Seulement le prince Leopold est un obstacle entre eux, puisque Sophie lui est promise, surtout que cet homme est connu pour son caractère possessif et son tempérament fougueux et emporté.
Une nuit, ivre, il ira jusqu’à assassiner sa fiancée dans le secret absolu. Dévasté par sa mort, Eisenheim se mettra à invoquer sur scène les esprits des disparus, à la stupéfaction complète de ses spectateurs, jusqu’à faire apparaître Sophie. Mais la vérité n’est jamais ce qu’elle semble être…
L’intrigue est bien menée, tordue d’un bout à l’autre, et une grande place est accordée au couple Edward/Sophie, qui est très joli. J’ai moi-même été surprise car je ne suis pas censée être une grande fan de Jessica Biel, qui interprète Sophie, car je ne la voyais que comme la fille qui joue dans « 7 à la maison », donc, euh… Mais elle a tiré son épingle du jeu et je l’ai trouvée belle, séduisante et touchante dans ce rôle de femme partagée par son amour pour Edward et ses responsabilités vis-à-vis du prince. Le prince, diabolique d’un bout à l’autre et finalement, tel est pris qui croyait prendre, est un acteur que j’ai reconnu dans beaucoup de films. Toujours dans ce rôle de fourbe qui aime se faire voir alors qu’il n’est pas un héros. Il le joue bien, c’est au moins cela !
Les décors et les costumes d’époque, fin du dix-neuvième siècle si je ne m’abuse. Magnifiques, tout comme la musique de circonstance. La bande-originale va rejoindre ses consœurs sur mon nuage d’ici quelques jours. Les nuances au niveau des éclairages sont un détail auquel j’ai accordé de l’importance. Tout dans le marron, vieux jaune, qui nous rappelle les promenades en forêt pendant l’automne et les vieilles photographies à l’époques des tous premiers appareils.
Les effets spéciaux sont également à saluer, car l’apparitions des revenants sur scène… Ce genre de scène provoque toujours son petit effet sur moi car ce phénomène me… fait un peu peur, je l’avoue. Je ne crains pas les monstres, encore moins les vampires et je ne m’émeus pas du sang qui coule. Mais les apparitions vaporeuses, voilées en blanc et évanescentes, ça me terrifie. Et ça a fonctionné.
Edward Norton est parfait, faut-il le répéter ?
Si parfait quand il découvre le corps de Sophie dans le lac que les larmes m’en sont venues, toutes seules.
Et les larmes ont coulé durant une scène poignante et symbolique de ces histoires d’amour que l’on n’oublie jamais. Lorsque Edward Eisenheim appelle un esprit sur scène, seul sur sa chaise, concentré. Et que l’image de Sophie apparaît. Qui se demande ce qu’elle fait là, qui se tourne vers Edward alors que les spectateurs la harcèlent de questions à la « Qui vous a tuée ? Est-ce le prince ? » et qui tend sa main évanescente vers lui pour le toucher, et qu’à son tour il tend la main, persuadé qu’il pourra peut-être la retenir.
Notez que je n’étais pas la seule à sangloter dans mon écharpe… (adresse un grand sourire à Marion qui lit ces lignes)
Donc un très bon film, une réalisation soignée, impeccable, aucun détail qui ne trahit le suspense du scénario, une musique qui reste dans la tête, des acteurs qui sont de vrais acteurs.






